Antivax, et (anti) quoi encore

L’essentiel de ce que j’ai à dire à propos des anti-vaccin au coronavirus se trouve à vrai dire dans un article publié ici il y a quelques temps déjà, avant même cette actualité (Discrédit, désinformation et complotisme). Comme je le faisais remarquer, le fait de jeter le discrédit sur un fait pourtant avéré – ici la protection recherchée – vise à rappeler sans même s’en rendre compte un doute dont l’origine ne peut être que profondément enracinée.

C’est ce doute originel qui est perpétué ensuite avec tous ceux, ultérieurs, qui servent en quelque sorte de piqûres de rappel, ce qui en l’occurrence ne manque pas de piquant. Quand aucun argument raisonnable ne peut être invoqué pour s’opposer, parfois avec véhémence, à une protection pour soi et pour les autres – même le casque à moto, qui ne protège pourtant que soi, a été rendu obligatoire et est accepté par tous, sans parler de la ceinture de sécurité en voiture –, il est évident que l’opposition devient une position de principe. Et une position de principe se rapporte systématiquement à quelque chose de préexistant.

Si les raisons profondes d’une telle opposition sont évidemment plus que respectables, leur actualisation infondée à propos de tout ce qui vient d’une quelconque autorité ne peut être ainsi comprise que comme un symptôme, et devrait être traitée comme tel. Encore faudrait-il pour cela que les intéressés s’y intéressent, ce contre quoi ils se rebiffent précisément, et c’est bien là tout le problème. Il devraient en effet remonter alors à ce que l’on croit généralement être une insupportable origine, d’où précisément l’on transfert les anciennes frustrations amassées sur toute autorité plus distante et plus actuelle, dès que et pour autant que celle-ci nous tombe sous la main (ici, le méchant Conseil fédéral, à propos d’une bête question de santé publique). Lorsqu’on se complaît dans une posture indéfendable et obstinée, quelle qu’elle soit, la voie pour en sortir passe bel et bien par la volonté de savoir, de se connaître, et de changer, et donc par le fait d’admettre que l’on y vit pas aussi bien qu’on le prétend (certains, sur leur lit de réanimation, semble s’en rendre compte, mais forcés et contraints, ce qui n’est jamais une bonne façon de changer vraiment). Compter sur un tel travail et sur de telles prises de conscience paraît ainsi, hélas, largement illusoire.

Je précise encore que ce genre de refus de principe tous azimuts semble en train de devenir gentiment un trait civilisationnel régressif des plus répandus, question que j’ai eu l’occasion de soulever ici-même dans d’autres billets, à propos d’autres symptômes.