Sortie de crise ?

Une crise peut n’être rien d’autre qu’une crise, et sûrement pas l’occasion de réfléchir sérieusement à ses tenants et aboutissants, ai-je relevé ici-même. Comment le faire dès lors, et pourquoi ?

Touchant également toute l’humanité, comme les catastrophes sanitaires ou humanitaires que nous ne pouvons ignorer parce qu’elles apparaissent au grand jour, nous traversons, chacun et chacune, des crises durant nos existences, comme je le soulignais dans un billet il y a quelques temps en évoquant la violence qui y est immanquablement liée [ Non violence ? ]. Cela ne peut se faire qu’en en prenant conscience avec le poids des sentiments, ce qui est un processus autrement compliqué et laborieux que de dire qu’on le sait de façon abstraite ou intellectuelle. C’est ce qui explique aussi, par ailleurs, qu’une certaine technique de méditation dite en « pleine conscience » soit plutôt mal nommée puisqu’une « pleine présence » à soi ici et maintenant n’est déjà pas simple à réaliser (on semble faire comme si les pensées inconscientes n’existaient pas). Surtout, et c’est cela qui nous intéresse, que dire alors de cette véritable prise de conscience dans une situation de crise ?

D’abord qu’il s’agit d’un processus, et ensuite qu’il démarre toujours lorsqu’une souffrance ou un mal être sont acceptés plutôt que refoulés, repoussés, minimisés, contournés, quand ce n’est pas traités avec mépris. On peut toujours trouver mille raisons pour ne pas s’y atteler, ou prétendre que l’on n’en a pas besoin, que tout va bien, que l’on supporte ou que l’on se contente. C’est fou du reste le nombre de gens qu’on entend « supporter » ou « se contenter » mais qui se plaignent à toute occasion des misères de la vie, cherchant chez l’autre une oreille et une épaule compatissantes, surtout pas une invitation à comprendre ce qu’il peut bien y avoir derrière les plaintes en question puisque « moi, ça va plutôt bien, surtout en comparaison »! Tu parles Charles ! (On devrait pouvoir mesurer le coût social d’un tel déni, et le comparer, par exemple, au PIB des nations.)

Une fois le travail mis en route, on s’aperçoit assez rapidement que le terrain gagné sur l’inconscient, parfois d’abord pour un détail, procure un soulagement qui montre que l’on a commencé à accepter la crise et que l’on vient d’entrer en matière. Le bout de la route, toujours plus loin qu’on ne le voudrait au départ, fournit en général une bonne raison de continuer le parcours, surtout lorsqu’on mesure le chemin déjà accompli, aussi court soit-il, et que l’on  constate le changement par rapport à la situation qui prévalait précédemment lorsqu’on fredonnait encore, la tête dans les nuages et les pieds dans les sables mouvants, « tout va très bien madame la marquise » ou le blues du pénitencier.

On peut donc, on le voit, traverser les crises sans rien changer, ou alors en tirer un changement radical, voire révolutionnaire pour ceux qui n’ont pas froid aux yeux et qui aiment regarder loin et aller au fond des choses. Quoi qu’il en soit, c’est toujours nous qui décidons et rien ne peut être décidé sans nous, pas même par l’OFSP et le Conseil fédéral. Mais il importe de savoir qu’il ne peut y avoir de réelle sortie de crise sans y être d’abord véritablement entrés.