Faire avec

Lorsqu’un séjour de vacances est largement arrosé par les vannes célestes grandes ouvertes plutôt que baigné d’un généreux soleil, comme je viens de le partager avec mon épouse, la tentation est grande d’y voir plus généralement, et au-delà de la sensation désagréable qui en résulte, la marque ou même le stigmate des mauvais côtés de l’existence. On dit alors en essayant de se convaincre qu’il faut bien faire avec, masquant difficilement le sentiment de ne pas avoir été épargnés, on ne sait trop par qui ou par quoi, et d’être ainsi victimes d’une injustice. Même en y repensant, il n’est pas facile de se départir d’un tel sentiment et l’on n’est en général guère affectés par les rationalisations de ceux qui nous disent qu’il faut bien qu’il pleuve, que c’est bon pour la nature, propos aussi efficaces et convaincants pour notre ressenti que l’évocation mélancolique de ceux qui nous assurent préférer la pluie au soleil.

En y réfléchissant un peu, il est toutefois possible de voir vraiment les choses autrement et de réellement « faire avec ». Si l’existence n’est pas qu’un cul de sac mais qu’elle conduit quelque part, comme il dépend de nous d’en faire le choix, alors les beaux jours ensoleillés peuvent faire figure de la joie d’y cheminer et de la parcourir en nous abreuvant à toutes ses senteurs et de toutes ses beautés, et les jours gris et humides nous faire comprendre que l’on peut aussi cultiver de bonnes raisons de souhaiter la traverser alertement de part en part puisque tout ne se résume pas à ces vicissitudes. Nous pouvons considérer en somme les beaux jours pour le plaisir d’y être, et les mauvais pour se souvenir qu’on n’y sera pas éternellement (ceux qui prônent la recherche d’immortalité pour éviter la question de la mort n’ont certainement jamais envisagé ce que serait réellement le fait de vivre cent cinquante ans, ou cinq cents, ou pire encore dix mille ! Vous imaginez ?).

On peut appliquer la même réflexion aux événements qui nous arrivent personnellement et dont nous sommes directement partie prenante, corps et âme compris, comme il en va de la santé et de la maladie ou des accidents. Et si tout ne se résume pas à se raconter ce qu’on a vécu de pénible pour s’en plaindre amèrement et s’en sentir scandaleusement victime, il est là au moins possible de comprendre d’où viennent et vers où nous conduisent nos pensées inconscientes par rapport à leurs effets psychiques ou somatiques, pensées que l’on imagine ordinairement comme à priori peu bienveillantes précisément pour les repousser. Dans ce registre du retour sur soi plutôt que de la projection sur le monde extérieur, l’on se trouve alors face à une météorologie sur laquelle on peut agir consciemment et pratiquement. Mais c’est du travail, et sur son propre vécu !