Eh bien dansez maintenant ! đŸ•ș💃

J’aime beaucoup l’interprĂ©tation pleine de finesse philosophique que tire Pierre PĂ©chin de la fable de La cigale et la fourmi : « Tu bouffes, tu bouffes pas, tu crĂšves quand mĂȘme ! ». A mon sens, La Fontaine est du reste trĂšs surestimĂ© par rapport Ă  Esope le Phrygien dont il s’est largement inspirĂ© et ses conclusions morales sont souvent stupidement conservatrices – comme l’illustre PĂ©chin, mais seul un humoriste peut s’en prendre Ă  un monument – quand elles ne sont pas simplement banales ou mĂȘme inadĂ©quates au propos (par exemple celle du LiĂšvre et les grenouilles). Ma conclusion personnelle sera ici diamĂ©tralement opposĂ©e, pleinement d’accord avec la jouisseuse de l’histoire.

Bien loin de la fournaise d’aoĂ»t dernier, lorsque je publiai ici mĂȘme un petit article oĂč il Ă©tait prĂ©cisĂ©ment question de jouir pleinement de ce qui nous est donnĂ© Ă  vivre ou Ă  contempler pour mieux nous ouvrir Ă  ce qui suit (Quelques heures sous les Ă©toiles), j’ai trouvĂ© dans la douce nuit hivernale du passage de l’an l’occasion d’une joyeuse mise en pratique. Dansant longuement avec ma belle sur une musique techno au milieu de contemporains jeunes et moins jeunes qui pour beaucoup semblaient ne pas vraiment ou du tout se laisser aller, j’ai pensĂ© que j’avais souvent observĂ© une telle situation autour de moi. Comme si l’on croyait, sans s’en rendre compte Ă©videmment, garder de la vie en rĂ©serve en ne se dĂ©pensant pas trop (on dit parfois populairement que les gens paraissent « coincĂ©s », sans prĂ©ciser dans quoi). Je suis pourtant loin d’ĂȘtre surentraĂźnĂ© Ă  cet exercice !

Si l’on n’a pas fait vƓux de silence ou d’immobilitĂ© ou si l’on n’a pas encore atteint la sagesse de laisser son corps en repos pour une vie pleinement spirituelle, devenu contemplatif, j’ai peine Ă  trouver une autre explication Ă  une telle retenue. Surtout par rapport au mouvement simple et festif qui consiste Ă  vibrer au rythme d’une musique favorisant la transe plutĂŽt que l’intellect, lĂąchant la bride ordinaire. MalgrĂ© mon Ăąge avancĂ© peut-ĂȘtre ne suis-je simplement pas encore assez vieux ou sage pour comprendre l’intĂ©rĂȘt de cette restriction ou les beautĂ©s de la jouissance purement cĂ©rĂ©brale ; sans doute aussi pour considĂ©rer le bĂ©nĂ©fice du doute en matiĂšre d’explication.

Je ne demande pourtant qu’Ă  changer.